La ténosynovite infectieuse des doigts est une infection aiguë qui touche la gaine synoviale des tendons fléchisseurs. Elle peut survenir après une blessure banale et nécessite une prise en charge chirurgicale urgente pour éviter des séquelles fonctionnelles. Cette affection, parfois appelée phlegmon des doigts, phlegmon des gaines des tendons fléchisseurs, infection tendineuse digitale ou encore ténosynovite des fléchisseurs, fait partie des pathologies prises en charge par l’équipe spécialisée de l’Institut Main Landy.
Qu’est-ce que la ténosynovite infectieuse des doigts ?
La ténosynovite infectieuse est une atteinte bactérienne des gaines synoviales qui entourent les tendons fléchisseurs des doigts. Elle provoque une inflammation de la gaine, un œdème localisé et un risque d’ischémie du tendon. En l’absence d’intervention, la pression exercée dans la gaine augmente rapidement, ce qui peut entraîner des lésions durables, voire une nécrose. La pathologie concerne le plus souvent les doigts longs, mais peut aussi affecter le long fléchisseur du pouce. On parle parfois de phlegmon des gaines, de ténosynovite purulente ou de suppuration tendineuse.
Quelles sont les causes d’une ténosynovite infectieuse des doigts ?
Cette infection survient généralement après une pénétration directe de germes, souvent par une blessure minime : écorchure, piqûre, morsure animale, plaie, coupure… La petite taille de la plaie peut retarder la prise de conscience du problème et la visite médicale, surtout si elle ne saigne pas et qu’elle n’est pas douloureuse dans l’immédiat.
Les bactéries responsables proviennent le plus souvent de la flore cutanée. Le Staphylococcus aureus, y compris ses souches résistantes à la méticilline, est fréquemment isolé. Mais d’autres germes sont possibles : Streptococcus pyogenes ou encore Pasteurella en cas de morsures animales…
Plus rarement, l’infection peut se propager par la circulation sanguine à partir d’un autre foyer infectieux présent dans l’organisme. Certains facteurs de risque sont reconnus, comme le diabète, l’immunodépression, ou la prise de traitements immunosuppresseurs.
Quels sont les signes et symptômes d’une ténosynovite infectieuse des doigts ?
Sans prise en charge, la ténosynovite infectieuse des fléchisseurs évolue en trois phases :
Stade 1 : synovite exsudative
Le début de l’infection correspond à une inflammation avec épanchement de liquide dans la gaine tendineuse. Le doigt est gonflé, douloureux sur toute la face palmaire, avec une limitation de l’extension. Une sensibilité au niveau du cul-de-sac synovial est souvent retrouvée à l’examen.
Stade 2 : synovite purulente
Le liquide synovial devient purulent, avec atteinte irréversible de la gaine. Le tendon fléchisseur reste encore intact. À ce stade, le doigt prend une forme de crochet, il devient rouge, chaud et très douloureux. Des signes cliniques plus généraux peuvent apparaître, comme une fièvre, une lymphangite (traînées rouges visibles sur l’avant-bras) et des ganglions au niveau de l’aisselle.
Stade 3 : nécrose infectieuse
Lorsque l’infection se propage, elle détruit progressivement le tendon. Le doigt est déformé, non fonctionnel et fléchi de manière irréductible. L’infection peut s’étendre aux tissus adjacents (os, articulations, vaisseaux) et évoluer vers une atteinte généralisée, avec risque de septicémie.
L’identification rapide de ces stades est essentielle pour éviter les séquelles. Quatre signes cliniques, appelés signes de Kanavel, permettent d’orienter le diagnostic dès la phase précoce :
- Gonflement fusiforme du doigt
- Douleur spontanée et à la pression du tendon fléchisseur
- Attitude spontanée en flexion
- Douleur à l’extension passive
Les signes peuvent cependant varier d’une personne à l’autre selon le stade de l’infection.
Sur quoi repose le diagnostic de ténosynovite infectieuse ?
Le diagnostic repose d’abord sur l’interrogatoire et l’examen clinique. La présence d’un des signes de Kanavel doit faire suspecter une infection aiguë des gaines. Le contexte traumatique, même discret ou ancien, oriente également vers cette hypothèse.
En complément, certains examens peuvent être utiles :
- Une prise de sang montre en général une élévation de la CRP et de la numération leucocytaire
- Une échographie peut retrouver un épanchement dans la gaine synoviale
- Une IRM est parfois envisagée
Le diagnostic formel repose sur les résultats de l’analyse bactériologique des prélèvements réalisés au bloc opératoire. Ce geste est indispensable pour identifier le germe et adapter l’antibiothérapie.
Comment traiter la ténosynovite des fléchisseurs des doigts ?
Le traitement est généralement chirurgical et il doit être réalisé en urgence, dès que le diagnostic est établi. Un retard de prise en charge peut entraîner des complications importantes : adhérences tendineuses, raideurs, voire rupture du tendon.
L’intervention consiste à ouvrir la gaine synoviale infectée, à l’irriguer abondamment au sérum physiologique, et à drainer l’ensemble. Parfois, un système de double cathéter est mis en place pour réaliser une irrigation continue pendant les 24 à 48 heures suivant l’intervention. Ce dispositif permet d’évacuer les débris infectieux tout en limitant le risque de réinfection.
Une antibiothérapie à large spectre est débutée au préalable, elle sera ajustée aux résultats bactériologiques ensuite. Elle est administrée par voie intraveineuse pendant plusieurs jours, puis par prise orale pour un traitement total de 10 à 15 jours.
Une immobilisation temporaire est parfois nécessaire, mais la mobilisation active douce doit être débutée précocement pour réduire le risque d’enraidissement. Par ailleurs, une rééducation peut être proposée dans les suites pour restaurer une bonne mobilité fonctionnelle.
Le pronostic est généralement bon si la prise en charge est réalisée assez tôt. Il est cependant possible que certaines séquelles persistent, en particulier en cas de retard du diagnostic, d’infection sévère ou de pathologie sous-jacente.
Tout doigt douloureux, enflé et difficile à mobiliser, surtout après un traumatisme même minime, doit motiver une consultation en urgence. L’évaluation par une équipe spécialisée, comme l’équipe de chirurgiens orthopédiques de l’Institut Main Landy, permet d’envisager immédiatement le geste le plus approprié, avec pour objectif la récupération complète des fonctions du doigt atteint.










